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Le blog de memoires-polaroides

Le blog de memoires-polaroides

Ce blog raconte en majeure partie la vie de son auteur. Au fil de ses articles, ce dernier livre ses états d'âme et dépeint le monde qui l'entoure à sa façon.


Les robots perdront

Publié par memoires-polaroides sur 1 Décembre 2020, 06:23am

Les robots perdront

Erik Truffaz mélange air et son dans sa vieille trompette oxydée et me plonge dans un ailleurs intérieur, loin de mes traces habituelles. Je foule à présent un chemin que j'ai délaissé depuis longtemps, presque effacé par l'herbe haute, occupé que j'étais par ma triste routine. Cette musique pulse et résonne quelque part en moi tel un ersatz de fuite, un faux parfait me conduisant tout aussi loin que ce voyage que je ne ferai plus jamais dans ma réalité troublée.

Je suis déjà devant mon ordinateur. Un café noir fume à côté de mon clavier. 

C'est mon dos qui m'a tiré de mon sommeil. Une douleur sourde, expression d'une fatigue sans équivoque. Lorsque notre axe se plaint de la sorte, il faut écouter son râle, relâcher la pression, faire une pause avec l'angoisse. Je me suis levé doucement, comme si une précipitation pouvait me briser.

C'est le premier jour de décembre. Tous mes volets sont clos. La chaleur sèche de mon appartement m’enveloppe et déjà mes muscles se détendent. Dehors, un combat. Celui de ceux qui survivent. Plantes, arbres, animaux, humains. Mon égoïsme, ce mode de vie que m'a dicté le piège consumériste, m'a épargné quelques larmes d'empathie mais pour combien de temps ? Deviendrai-je un jour ce robot que je croise si souvent, la tête prise dans l'étau de son écran, ne regardant plus rien autour de lui ?

C'est la souffrance qui m'en préserve, car c'est bien là une chose que jamais nous ne pourrons imiter. À chaque fois que je pleure, je me rapproche de ma nature profonde, de ma source avant sa pollution, loin en amont de l'absurdité, de l'amoncellement dévastateur des individualités.

Un homme pleure ou n'est plus.

Comme il est étrange d'être conscient que le monde se dégrade à la vitesse d'un corps alors que, tant bien que mal, il tournait depuis des milliers de générations...

L'effondrement menace, quelques mains se tiennent encore, craignant une issue fatale, mais à présent, il faut bien admettre la défaite.

Après le vacarme et la dissipation du nuage de poussière engendré par notre chute, il y aura un mouvement léger. L'amorce d'un autre système. Sera-t-il plus juste ?

Mais d'abord, il faudra cet anéantissement, je le crains. L'emballement est trop puissant.

Le temps nous est compté. Il sera insuffisant pour que nous laissions la place aux machines. La numérisation globale n'aura pas lieu parce que l'animal est encore en nous, exhalant des odeurs que nous ne pouvons dissimuler. Nous ne pouvons pas nous affranchir de ce que nous sommes : de la chair, du sang, des larmes, de l'amour, même s'il est en lambeaux. Ainsi, les robots ne seront que des avortons monstrueux. Sous les cendres de notre civilisation, l'homme seul survivra et réinventera sa poésie. Je ne peux que l'espérer... J'essaye de m'en convaincre... 

J'ouvre le grand rideau métallique de ma baie vitrée. Il faut accepter le jour. Après tout, rien n'est encore fini. Mon cœur continue de battre et mes rétines capteront la lumière jusqu'à ce qu'il s'arrête.

Le temps d'arracher à la vie se qu'elle offre de mieux.

Un peu de chaleur humaine.

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